16.05.2008

Ceci n'est pas une critique du dernier Portishead

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Que dire de plus sur le dernier Portishead qui n'est déjà été dit ?

Résumons : attente, 10 ans (quand même ça nous rajeunit pas hein ?), Bristol, Tricky, attente, trip hop, atmosphères enfumées, samples de jazz, sonorités quasi industrielles, Beth Gibbons, Rusty Man, virage musical, Massive Attack, attente, 10 sur 10, certainement un des albums de l'année, attente, Sunno)))), single audacieux ...

Bref la messe est dite, vous l'avez compris le dernier Portishead est bien, formidable, tellement bien et formidable que pour ma part je trouve ça un peu étrange cette unamité, ces louanges à longueur de pages écrans.

Et je ne parle pas de la presse papier qui là aussi doit être à court de superlatifs sur "Third".

Avant même que l'album ne sorte on savait tous que celui ci allait être génial, que de toute manière il allait être génial.

Il en est ainsi de la société post moderne.

Cronenberg et Lynch ne font que des films géniaux, Radiohead et Portishead sont des groupes géniaux pour l'éternité et ne sortent que des albums géniaux.

Dans cette équation agaçante on a depuis quelques années rajouté une variable : internet.

Grace à cette caisse de raisonnance planétaire on peut en plus maintenant louer la gloire de tel livre, film ou album des semaines ou des mois avant toute écoute raisonnable ou raisonnée.

Ainsi l'objet arrive dans les salles, les bacs ou les rayons tout seul, porté par la grace et l'écho de sa renommée, tout est déjà cuit, même plus la peine de le déguster, d'en parler : c'est génial.

Le pire c'est que Portishead a peut être fait un excellent album, mais ce fonctionnement préprogammé et maintenant suramplifié par la magie du net et de ses "robaudioblogs" (oui je suis fier de mon néologisme) est d'une part agaçant et d'autre part risible au final, comme si ainsi on voulait gommer toute trace de contestation, toute voix divergente.

De plus il me semble que la "notoriété" de certains artistes (je mets des guillemets car qui en France connais vraiment Portishead ou Lynch, tout cela reste des niches pas forcément identifiées largement dans la population globale, il faut aussi être réaliste) leur assure automatiquement un satisfecit. Mais si, par exemple, le dernier Cronenberg était sorti anonymement aurait il raflé aussi autant de lauriers déjà tressés ??

On a l'impression que sous couvert de diversité, les media (blogs, magazines papier ...) concourent au final à ne produire qu'un seul son de cloche, alors que la multiplication des blogs et autres magazines laissait penser le contraire et laissait imaginer que le débat, la contradiction allait devenir permanent.

Il n'en n'est rien, ou pas grand chose, personne n'ose maintenant s'aventurer hors du temple, les portes en sont bien closes.

Tout va bien, dormez gentils gens bercés par la cloche.